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Aller de l’avant – les stratégies de sortie des mesures de crise dans le contexte de la stratégie Europe 2020
Le 29 juin 2010, la DG Emploi, affaires sociales et égalité des chances (DG EMPL) de la Commission européenne a tenu le séminaire de printemps du Programme pour l’apprentissage mutuel. La finalité du séminaire était de réunir des représentants des fonctionnaires des Etats membres, des partenaires sociaux et des autres parties prenantes en vue de considérer l’importante question des stratégies de sortie de mesures de crise et les futures priorités de la politique du marché du travail dans le contexte d’Europe 2020.
Une plus grande cohérence entre les mesures à long terme et les réformes structurelles
Après une introduction par M. Robert Strauss, Chef d’unité (Stratégie européenne pour l’emploi, responsabilité sociale des entreprises, développement local), DG EMPL, deux intervenants de renom, le Professeur Gerhard Bosch (Institute Arbeit und Qualifications, Université de Duisburg-Essen) et le Professeur Iain Begg (European Institute, London School of Economics and Political Science), ont exposé leurs points de vue quant à l’impact à long terme des mesures de crise et les leçons à en tirer, ainsi que sur les priorités des politiques ciblées du marché du travail dans un contexte de contraction des budgets publics. Pr. Bosch a expliqué qu’il était nécessaire de trouver un nouveau compromis entre la « priorité au travail », la « priorité à la formation » et la « priorité à la sauvegarde de l’emploi », les politiques actives du marché du travail et les systèmes d’enseignement et de formation professionnels ayant un rôle important à jouer pour passer de la crise actuelle à une période de croissance probablement plutôt faible. A son avis, les dispositifs de travail à temps réduit ont permis de maintenir la capacité de production ainsi que les compétences clés et l’expérience sur le lieu de travail, tout en limitant les effets néfastes du chômage et les pressions supplémentaires exercées sur les services publics de l’emploi ayant déjà beaucoup à faire pour aider les chômeurs existants. Simultanément, il est clair que l’application de tels dispositifs avait un coût tant pour les employeurs que pour les employés. Plus généralement, il a expliqué qu’il n’était pas judicieux de subventionner de manière permanente les dispositifs de chômage partiel, les différents pays devant décider en fonction de leur conjoncture économique particulière et des indicateurs de leur marché du travail du moment opportun pour abolir progressivement ces dispositifs. Pr. Bosch a souligné l’importance de l’investissement dans la formation initiale et continue et a déconseillé de tirer des conclusions à court terme quant à l’efficacité de tels dispositifs de formation, vu que les études longitudinales montrent de plus en plus souvent leurs bénéfices à moyen et long terme en termes d’employabilité et de perspectives de salaire. Il a également insisté sur le fait que les pays ayant des systèmes d’apprentissage bien développés avaient enregistré des hausses du chômage des jeunes nettement moins importantes que les autres pendant la crise.
Pr. Begg a insisté sur le besoin d’établir des liens plus étroits entre la politique du marché du travail et les politiques macroéconomiques, en tenant compte de la consolidation fiscale nécessaire. On ne sait toutefois pas encore quelle sera la forme que prendra la reprise, une reprise en forme de U ou de L risquant de poser des défis significatifs pour les économies nationales et donc pour les marchés du travail. Les décisions les plus difficiles que devront prendre les gouvernements des Etats membres concernent le calendrier de retrait des mesures de relance. Pr. Begg a expliqué qu’alors qu’un retrait trop hâtif des mesures de relance pourrait entraîner une récession à double creux ou retarder la reprise, l’augmentation des déficits publics présenterait des dangers similaires. Il a souligné que ce sont précisément les pays qui ont le plus besoin d’accroître leurs efforts de relance par voie budgétaire qui en ont le moins les moyens. Ce à quoi doivent tendre les Etats membres, c’est à une reprise à forte intensité de création d’emploi. Pour ce faire, il faut éliminer les rigidités du marché du travail et parvenir à un équilibre approprié entre les incitations et les sanctions ciblant les demandeurs d’emploi. Il a également conseillé d’abandonner l’approche keynésienne et de privilégier les dépenses ciblées dans des politiques du marché du travail ayant fait leurs preuves et d’un bon rapport coût-efficacité. Parallèlement, il a souligné combien il est important de ne pas perdre de vue l’agenda pour le « travail décent ». L’implication des partenaires sociaux est particulièrement décisive en la matière.
Tirer des leçons des bonnes pratiques dans à l’échelle nationale et locale
Les deux sessions suivantes du séminaire ont été consacrées à la présentation et à la discussion des approches efficaces pour contrer la crise et ses conséquences pour des catégories cibles spécifiques, dont notamment les jeunes. Arthur Forstner (Fonds de promotion de l’emploi de Vienne (WAFF) a présenté la panoplie de mesures appliquées par le fonds avec le soutien de la ville de Vienne, des partenaires sociaux et du service public de l’emploi de Vienne. Elles comprennent un centre de conseils promouvant la formation continue, des fondations du travail et un paquet pour les jeunes visant essentiellement à permettre à tous les jeunes cherchant un stage d’insertion d’accéder à des places en apprentissage. Les fondations du travail sont généralement des dispositifs de replacement externe pour les travailleurs victimes des restructurations, qui offrent des services individualisés d’orientation professionnelle, de formation et de reclassement, ainsi qu’un accompagnement dans la recherche d’un nouvel emploi. Le Conseil suédois pour la sécurité de l’emploi (Trygghetsrådet, TRR) propose un arsenal similaire de services. M. Stefan Eklund a décrit les services offerts par le TRR, qui ciblent les cols blancs du secteur privé (d’autres organismes étant en charge des autres types de salariés). Il a expliqué que le TRR coopère avec le service public de l’emploi, mais est en mesure de fournir un ensemble d’interventions plus intensives et mieux ciblées commençant dès la notification du licenciement. Les Conseils pour la sécurité de l’emploi sont fondés sur des conventions collectives et sont financés à partir des cotisations versées par les employeurs. Quelque 27 000 cols blancs licenciés ont bénéficié des interventions du TRR en 2009, 84 % d’entre eux ont trouvé un emploi, 8% ont démarré leur propre entreprise et 7% ont repris des études.
Mmes Magda Zupančič et Mateja Rozman Amon ensuite présenté conjointement un dispositif donnant une deuxième chance d’éducation aux jeunes adultes, le Project Learning for Young Adults (PYLA), qui a fait l’objet d’un examen par les pairs à l’automne 2009. Le dispositif s’adresse aux jeunes qui ont abandonné prématurément leurs études et qui sont confrontés à des difficultés multiples quand ils tentent de réintégrer le système éducatif ou de s’insérer dans la vie active (ex. contexte familial difficile, problèmes de santé mentale, toxicomanie, etc.); il adopte une approche interactive avec un accompagnement rapproché en vue d’aider les jeunes à surmonter leurs problèmes, de renforcer leur motivation et de leur permettre d’acquérir des capacités à apprendre et à faire face aux situations. Les résultats du programme sont impressionnants, près de 70 % des participants ont réintégré le système éducatif formel, 20 % se sont insérés dans le marché du travail et les 10 % restants se sont inscrits auprès du service public de l’emploi pour recevoir une assistance dans leur recherche d’emploi.
Mme Christine Charpail (Ministère de l’économie, de l’industrie et de l’emploi, France) a souligné la situation difficile des jeunes sur le marché du travail en France (notamment de ceux qui ont un faible niveau d’instruction et de formation et ceux qui sont issus de l’immigration). Elle a présenté l’arsenal des mesures adoptées pour accompagner les jeunes dans leur transition vers le marché du travail. Nombre de ces mesures étaient basées sur des aides à l’emploi, ce qui signifie que près de 25 % des jeunes chômeurs occupent aujourd’hui un emploi subventionné. La France soutient également une variété de contrats d’apprentissage qui ont récemment été réservés aux jeunes très peu qualifiés pour éviter les effets d’aubaine. Des efforts sont également faits pour améliorer le filet de sécurité financière pour les jeunes de moins de 25 ans afin d’éviter qu’ils sombrent dans la pauvreté et une exclusion sociale accrue. Bien que de nombreux Etats membres se soient focalisés sur les mesures en faveur des jeunes, elle a souligné qu’il était important de se souvenir que, en France, la crise a également engendré plus récemment une augmentation du chômage parmi les travailleurs plus âgés. Il ne faut pas oublier les enjeux démographiques à venir lors de la mise en œuvre des politiques en faveur de l’emploi des jeunes.
Conclusions générales et réactions
M. Pierre-Paul Maeter a expliqué comment la présidence belge allait tenter de s’attaquer à ces questions en établissant les thèmes prioritaires à traiter au second semestre 2010. Ils comprennent de nombreux thèmes évoqués dans le cadre de ce séminaire, tels que comment sortir de la crise et assurer la pérennité des finances publiques, soutenir la création d’emplois verts et d’emplois blancs, allonger la vie professionnelle par le biais de l’agenda pour le vieillissement actif et aider à mieux concilier le travail avec la vie privée, rendre les transitions financièrement attractives et favoriser la création d’emplois de qualité, restructurer de manière socialement responsable, renforcer le dialogue social et impliquer les partenaires sociaux dans les gouvernements de l’UE, ainsi qu’améliorer l’égalité entre les hommes et les femmes.
Présentant la perspective du Comité de l’emploi, son président M. Bruno Coquet a résumé les efforts faits tout au long de l’année 2009 pour faire face à la crise. Il a également souligné combien il est important de réaliser sans cesse des analyses des paramètres du marché du travail et de mieux comprendre ce qui fonctionne dans cette situation et pourquoi, en termes de politiques actives du marché du travail. Il a donc recommandé de mieux corréler les outils du marché du travail avec l'évaluation des politiques et d’utiliser pleinement l’apprentissage mutuel pour échanger, focaliser et améliorer les bonnes pratiques. Ce message a également été entériné par M. Robert Strauss qui s’exprimait au nom de la Commission européenne.
